Joseph Davidovits

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Falsification de la Stèle de Merneptah (Mérenptah), dite d’Israël

L’objectif de cet article est double. Tout d’abord, il apporte une information omise dans le Chapitre 11 de mon dernier livre De cette fresque naquit la Bible. Ensuite, il dénonce une erreur, ou plus vraisemblablement une falsification d’un document archéologique de la plus grande importance.

La stèle de Merneptah (que certains écrivent aussi Mineptah ou Mérenptah) contient la plus ancienne mention d’Israël dans un document extrabiblique. Elle fut découverte en Égypte, à Thèbes, par Flinders Petrie en 1896, dans le temple mortuaire de Merneptah, le fils de Ramsès II. Merneptah décrit la campagne militaire entreprise en 1207 av. J.-C. contre les Libyens, et, accessoirement une expédition à Canaan au cours de laquelle un peuple nommé Israël aurait été anéanti. On lit dans les lignes 26 à 28 de cette stèle, selon la traduction officielle :
Les princes sont prostrés, ils disent : soyons en paix! Plus personne ne lève la tête parmi les Neufs Arcs. Tehenu est détruite ; Khati (les Hittites) sont en paix ; Canaan est captif ainsi que ses démons, Ashkelon est conquise ; Gezer est capturée ; Yanoam est devenue inexistante ; Israël est dévasté, elle n’a plus de semence ; Hurru est devenue la veuve de l’Égypte. Tous ces pays sont pacifiés. Tous ceux qui étaient en révolte ont été matés par le roi de l’Égypte du Nord et du Sud…

Depuis sa découverte en 1896, les historiens bibliques de toute obédience essaient de démontrer le bienfondé de la destruction d’Israël par les armées de Pharaon. Or cette interprétation est fausse et la polémique est sans objet.

La ligne 27

La lecture hiéroglyphique du mot traduit par Israël est « iisii-r-iar » et, dans mon livre, je me suis largement étendu sur sa signification. J’ai ainsi démontré que ce mot « iisii-r-iar » était une expression égyptienne qui signifie: ceux exilés en hâte à cause de leur faute. C’est ainsi que les pharaons Ramsès II et Merneptah désignaient les notables exilés d’el Amarna, la cité d’Akhenaton. Le nom de ce peuple iisii-r-iar, se prononça par la suite, Israël, par altération du r en l. J’avais cependant omis un détail, discuté dans ce présent article. Il porte sur la phrase Yanoam est devenue inexistante qui précède directement la mention « iisii-r-iar » . Comme je vais le démontrer ici, cette traduction est entièrement fausse, car elle provient d’une falsification de la lecture d’un signe hiéroglyphique.

Pour cela, regardons la translittération de la ligne 27 de la stèle, publiée en 1909 (cf.: P. Lacau, Stèles du nouvel empire (Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire, Cairo, 1909):

ligne 27, lecture de gauche à droite, avec la mention « sic »

On constate que dans la phrase  » Yanoam est devenue inexistante » un groupe de hiéroglyphe (l’œil re + le vautour aa) n’est pas traduit, mais porte la mention « sic » . La transcription du hiéroglyphe représenté par l’oiseau vautour est donc douteuse, tout comme la phrase  » Yanoam est devenue inexistante » . Par voie de conséquence, la signification du reste de la ligne, notamment la partie comportant « iisii-r-iar » , Israël, est également douteuse.

Le traçage à la craie

La gravure des hiéroglyphes du texte de cette stèle est assez grossière. C’est pourquoi, depuis sa découverte par Flinders Petrie en 1896, on les a surtracés avec un bâton de craie, afin de les mettre en évidence et faciliter la lecture.


Traçage à la craie des hiéroglyphes de la ligne contenant sic, photo de l’original, lecture de droite à gauche. (cliquez sur la figure pour l’agrandir)

Le dessin à la craie du vautour aa est net, pourtant il porte la mention sic, lecture douteuse. Lorsque j’ai commencé l’étude de cette stèle, à la fin des années 90, je me suis demandé pourquoi cette transcription du vautour posait problème, et n’était pas traduite. Je n’ai trouvé aucune réponse dans la littérature, bien qu’il y ait près de 200 articles publiés sur la stèle d’Israël.
Lors de notre dernière visite du Musée du Caire, j’avais demandé à mon fils Ralph, de prendre en photo cette partie de la stèle, dans les meilleures conditions possible, en accentuant les contrastes, afin de découvrir la véritable gravure du hiéroglyphe sic.

C’est ainsi que nous avons mis en évidence la falsification.

La falsification

Dans la photo ci-dessous on compare la lettre aa (le vautour) de la ligne supérieure 26, marquée A, avec la même lettre de la ligne 27 (sic), marquée B.


Traçage à la craie du hiéroglyphe aa de la ligne supérieure 26 et celui de la ligne 27 contenant sic, photo de l’original, lecture de droite à gauche. (cliquez sur la figure pour l’agrandir).

On constate que pour la lettre marquée A, le trait de craie blanche suit parfaitement la gravure du hiéroglyphe (le vautour). Au contraire, pour la lettre (sic) marquée B, le cou et la tête du vautour sont à l’extérieur de l’empreinte. La gravure ne correspond pas à cette lettre aa. Il s’agit donc d’un faux.

Observons maintenant un agrandissement de la gravure de la lettre marquée B (sic). Nous réalisons maintenant un tracé en rouge du contour de la gravure de cette lettre sic.


Le contour rouge de la gravure du hiéroglyphe suggère celui d’une chouette, c’est-à-dire la lettre m, et pas du tout la lettre aa (cliquez sur la figure pour l’agrandir).

Nous pouvons maintenant proposer une lecture du mot manquant, jusqu’à présent non traduit.  Nous lisons: rem-m

La nouvelle lecture et ses conséquences

Nous pouvons faire la césure du groupe de hiéroglyphes m tem oun en tenant compte de la ponctuation introduite par le rouleau de papyrus précédant le lapin (oun). La phrase Yanoam est devenue inexistante devient /iinaamm rem-m tem / oun iisii-r-iar (le peuple)/, et la nouvelle traduction suggère: Yanoam larmes sont terminées; existant est iisi-r-iar, le peuple.


Nouvelle traduction de la ligne 27 de la Stèle de Merneptah avec mise en évidence de la ponctuation (entourage des hiéroglyphes).

Le peuple iisii-r-iar (Israël) n’est pas dévasté. Au contraire, il existe. Cette nouvelle version est conforme à l’enseignement de l’égyptologie. Il est clair que les armées de Merneptah n’ont ni attaqué ni écrasé les nations et peuples de Canaan, puisque leur action se limitait à la Libye, dans le Nord-Ouest de l’Égypte. Merneptah fait tout simplement le constat de la situation générale de l’Égypte et de ses voisins, Canaan incluse. La mention, ligne 27, selon laquelle Israël n’a plus de semences (de céréales) relevait donc d’une falsification du texte. Elle concerne le peuple mentionné à la suite, Kharou, c’est-à-dire les Hittites. Cette interprétation est démontrée par l’archéologie. On sait en effet que Merneptah expédia des céréales aux Hittites victimes de la famine (Khati et Kharou).

La falsification de la lettre m (chouette) en lettre aa (vautour) fut vraisemblablement le fait du découvreur de la stèle, Flinders Petrie, en 1896. Dès le départ, lui et ses collègues tracèrent les hiéroglyphes à la craie ainsi, car, dans leur esprit, le pharaon Merneptah devait avoir attaqué et détruit la contrée de Canaan, afin de poursuivre le peuple de l’Exode, Israël. Cette trace de craie fut maintenue sur la stèle, jusqu’à nos jours. A ma connaissance, aucun égyptologue, ni historien biblique, n’a remis en cause la lecture (plutôt la non-lecture) de ce hiéroglyphe falsifié.

Pour tout renseignement complémentaire, voir dans mon livre « De cette fresque naquit la Bible », le Chapitre 11.

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